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Sèmè-Kpodji, une vulnérabilité climatique de forte amplitude

Début octobre 2022, les habitants de Tchonvi, Ekpè et Sèkandji ont frôlé un bis repetita de la catastrophe des inondations de 2010. Les pluies intenses de la deuxième moitié de septembre ont causé une montée soudaine des eaux, inondant habitations, écoles et centres de santé. Une semaine après la réouverture des classes, le collège d’enseignement général de Tchonvi a dû fermer à nouveau pour deux semaines. Une mesure conservatoire prise par les responsables de l’établissement, en accord avec les parents d’élèves, pour préserver les apprenants et enseignants des risques liés à l’inondation de l’école. Presque toutes les écoles, publiques comme privées, ont fermé. La route principale traversant Sèmè-Kpodji Centre, Ekpè, Tchonvi et Sèkandji est coupée à plusieurs endroits. Le niveau de l’eau dans certains quartiers comme Ayimlonfidé a obligé certains à quitter leurs maisons. Ceux qui se sont obstinés sont isolés du reste du monde, avec une mobilité réduite au strict minimum. L’eau potable et plusieurs biens de première nécessité sont devenus quasi inaccessibles. L’économie locale était au ralenti pendant plusieurs semaines.

Un territoire coincé entre plusieurs plans d’eau

Située sur une plaine de faible altitude entourée de plusieurs plans d’eau comme l’océan Atlantique, la lagune de Porto-Novo, le fleuve Ouémé et le lac Nokoué, la Commune de Sèmè-Kpodji est l’une des zones géographiques les plus arrosées du Bénin, avec des précipitations moyennes de l’ordre de 1 100 mm par an. Sa proximité avec le Nigéria lui confère une économie florissante basée sur le commerce transfrontalier. La forte attractivité de Sèmè-Kpodji a provoqué un déferlement urbain des grandes villes de Cotonou et de Porto-Novo. Il en résulte une forte pression foncière avec une mixité des réalités urbaines et rurales. En dix ans, la population de Sèmè-Kpodji a quasiment doublé passant de 115 238 habitants en 2002 à 224 207 habitants en 2013. Si ces tendances démographiques se maintenaient sur les dix dernières années, la population pourrait osciller en 2022 entre 400 000 à 450 000 habitants. Le territoire de Sèmè-Kpodji restera soumis à une forte demande d’espace habitable alors que seulement 39,5% de la superficie totale est cultivable et plus de la moitié du reste est constitué de plans d’eau et de zones humides protégées par la Convention de RAMSAR.

La montée des eaux au 6 octobre 2022 dans l’Arrondissement de Tchonvi, Commune Sèmè-Kpodji

Bâtir la résilience climatique, planifier l’urbanisation

Travaux de pavage de routes et construction de caniveaux sur l’axe marché Ekpè — carrefour Ya-Gbantè

Sèmè-Podji présente toutes les caractéristiques d’une “ville archipel” avec ses avantages et ses inconvénients: quelques terres émergées, et une grande majorité de surfaces inondables avec un écosystème fragile. La pression urbaine est particulièrement forte sur cette commune qui se trouve dans la continuité urbaine de Cotonou et de Porto-Novo. Les zones sur lesquelles l’extension urbaine se fait sont très restreintes, et sont pour la plupart des îles ou des presqu’îles, qui se retrouvent complètement enclavées en périodes de crues. Les nouvelles constructions se font sur des remblais, repoussant l’eau plus loin ou bloquant son passage, provoquant des inondations dans des quartiers qui étaient jusqu’alors épargnés ou moins affectés. C’est le cas de Tchonvi, qui est à la fois densément peuplé et subit une forte pression sur les zones humides et les berges.

Les projections du PAVICC pour Sèmè-Kpodji sont de “protéger et mettre en valeur la ville archipel; désenclaver et développer Tchonvi tout en sécurisant les zones humides”.

L’un des ouvrages qui vont désenclaver Tchonvi est la reconstruction de la passerelle piétonne reliant Tchonvi (arrondissement d’Ekpè) à Sèkandji (arrondissement d’Ablangandan) et Cotonou, en la sécurisant et la mettant hors d’eau. L’aménagement de voies pavées et des caniveaux et autres voies de liaison contribueront à améliorer la mobilité et sécuriser le déplacement des populations riveraines, pour un coût global de 04 milliards de francs CFALe PAVICC, avec l’appui de l’Agence Française de Développement (AFD), met en oeuvre un ensemble de projets intégrés qui concourent au désenclavement et à l’interconnexion des territoires urbains, a la sécurisation des berges lagunaires et des zones humides sensibles, y compris l’éclairage public, pour améliorer les conditions de vie dans les quartiers de Tchonvi et Ekpè.

La passerelle piétonne de Tchonvi, reliant Ekpè, Sèkandji à la RNIE6 Cotonou-Lagos

Sécuriser le patrimoine foncier

La planification urbaine stratégique, l’un des volets d’appui du PAVICC à la Commune de Sèmè-Kpodji, vise à réaliser un schéma directeur d’aménagement communal (SDAC). Ce document permettra la maîtrise de l’occupation du sol et de définir les zones résidentielles, les zones agricoles et les zones industrielles. Le SDAC définira aussi les zones sensibles à protéger, notamment les berges lagunaires et les zones humides, menacées par l’urbanisation, à travers le règlement d’urbanisme qui lui sera adossé. La mise en place de projets de mise en valeur des espaces protégés, de projets agro-piscicoles et maraîchers dans la cas spécifique de Sèmè-Kpodji, participeraient par exemple de la valorisation et de la protection des espaces non constructibles.

Dans l’élaboration de sa Vision 2050, Sèmè-Kpodji se veut un complexe géo-écologique qui aspire à devenir un territoire durable et résilient au changement climatique. le PAVICC apporte une importante contribution à cet idéal. Cette durabilité de Sèmè-Kpodji serait encore plus soutenable avec d’importants investissements dans le développement humain qui intègrent les questions de santé, population et environnement, conservation de la biodiversité et développement urbain.

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